Entrevue Magazine Le Lambert

November 1, 2012

Profession : spécialiste de la vie

Par Boris Chassagne

 

Originaire de Québec, Johanne Boutin complète ses études comme diététiste à l’Université Laval. Elle ne le sait pas encore, mais sa jeune carrière entamée va brusquement basculer : elle tombe gravement malade. Partiellement paralysée, alitée presque toute la journée, elle fait face à la plus grande adversité.

 

Fin 1980, la carrière de Johanne semble pourtant bien lancée, travaillant comme déléguée médicale pour un géant de l’industrie pharmaceutique et agissant en tant que diététiste-conseil pour plusieurs centres d’hébergement de longue durée de la région de Québec. Elle fonde aussi son entreprise, Diététique 3-D, et on lui confie des charges de cours à l’Université du Québec à Rimouski. « J’étais une femme de défis et je travaillais quatre-vingts heures par semaine. Alors, je suis partie me reposer »… Sa vie ne sera plus jamais la même.

 

Elle n’a que 26 ans, en 1990, quand on lui présente ce qu’il y a de plus horrible, au terme d’un voyage dont elle aurait normalement gardé de merveilleux souvenirs. En effet, un virus et un parasite contractés à l’étranger la paralysent partiellement et l’affaiblissent sur le plan cognitif. Des années plus tard, une maladie dégénérative s’en prend de nouveau à ses muscles et à son système nerveux, lui laissant de graves séquelles.

 

Croire pour vaincre

 

Pendant près de 20 ans, Johanne travaille à remonter la pente, à faire mentir les médecines traditionnelles et les pires pronostics. Elle accomplit un travail sur elle-même pour faire reculer ses limites, dit-elle. Du courage ? Oui, peut-être…, mais surtout la conviction d’une destinée, de choses à apprendre et à transmettre. Et c’est ce qui l’aide à se battre.

 

 « La société nous forme dans le savoir-faire, mais pas dans le savoir-être. »

 

 « Pour moi, vivre égalait vitalité. Vivre à moitié ne valait pas la peine. Et quand j’ai failli mourir une seconde fois, des années après ma première maladie, à la suite de complications survenues lors d’une visite chez un dentiste, je savais que je n’avais pas pris la bonne direction dans ma reconstruction. Vous savez, pour compléter mon deuil, cela m’a pris 15 ans ; j’ai travaillé sur mes fondations, sur un moyen de guérir à l’intérieur de moi. Ma vie était une vie de souffrance, mais je l’ai transformée en une vie fascinante. J’ai une richesse en moi que je dois partager. Aujourd’hui, je dirais que je suis une femme plus heureuse qu’avant. »

 

« C’est l’une de nos tâches de vie que de nous développer en tant qu’êtres humains. »

 

En 2009, Johanne fait le choix de quitter l’homme avec qui elle a vécu près de 22 ans et décide de faire confiance à la vie.

 

Faire confiance au hasard

 

Johanne a le sens de ce qui compte vraiment et s’émerveille des rencontres placées sur son chemin. Et j’espère en silence être l’une d’elles. « Quand on est intègre, honnête avec ses valeurs, avec qui on est, la vie nous soutient. Il faut être heureux dans ce qu’on est, dans ce qu’on fait. C’est l’une de nos tâches de vie que de nous développer en tant qu’êtres humains. »

 

Elle sait au fond d’elle-même pourquoi on a « renvoyé la marchandise par deux fois, alors qu’elle frôlait la mort » dit-elle en souriant. Ésotérique certes, spirituelle absolument, mais tangible tout autant, affirme Johanne : « Je sens les choses, j’ai repris contact avec ce qui n’est pas visible. » Et au-delà de ces certitudes, elle s’investit dans une espèce de profession de foi en l’humanité. « La société nous forme dans le savoir-faire, mais pas dans le savoir-être », dit-elle. Cette leçon est au cœur de la réadaptation physique, psychologique et spirituelle de Johanne, et son expérience de vie, ce magnifique récit empreint de conviction et de bonheur de vivre, elle le partage maintenant, afin que d’autres puissent suivre leurs voies respectives, profiter de ce qu’elle sait.

 

Depuis 2003, Johanne présente ce qu’elle appelle des « conférences-inspirations » au département de Sciences infirmières de l’Université de Montréal et en ergothérapie. « Je cherche à amener les participants à prendre conscience des ressources dont ils disposent dans leur quête du bonheur et de la réalisation de soi, en les amenant à se rapprocher de leur essence. » Coach de vie depuis 2010, Johanne est également présidente du CA du Centre d’action populaire de LeMoyne, un organisme de lutte contre la pauvreté qui travaille en réinsertion sociale.

 

Jeunesse et mer

 

Quand je dis à Johanne, lors de notre entretien, qu’il y a toujours un moyen plus facile d’arriver aux mêmes fins avec le même résultat, je me rends compte que c’est bien faux. Ce que Johanne m’apprend à moi, aux gens qui assistent à ses conférences et aux clients qui la sollicitent comme coach de vie et conférencière, c’est le merveilleux de l’humain ; qu’en dehors des affres de la routine et du quotidien, il y a beaucoup plus encore à découvrir, et suffisamment pour nourrir toute une vie. Et cette source ne semble pas vouloir se tarir en Johanne, qui vit avec son « chien parleur », tant il est expressif, devant la petite forêt d’une rue qui porte le nom d’un saint, à Saint-Lambert. Johanne Boutin est un peu la sage du village. Espérons que les rêves qu’elle caresse, soit de mettre sur pied une fondation pour les jeunes et de vivre au bord de la mer, la confirmeront dans son rôle. jboutin5@videotron.ca

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